Interview : 5 questions à …

Sauveur LOCOCO

Athlète, apnéiste, © FFESSM

Pouvez-vous vous présenter et nous faire découvrir votre discipline ?

Je m’appelle Sauveur Lococo, j’ai 72 ans. J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans les raffineries, puis j’ai été éleveur de chevaux pendant une dizaine d’années. En fin de carrière professionnelle, j’ai également été restaurateur à Port-Jérôme-sur-Seine.
J’ai découvert la plongée aux Maldives en 2004. Cette première expérience a été une véritable révélation et m’a procuré des émotions extraordinaires. J’ai alors commencé à beaucoup voyager pour continuer à pratiquer et à découvrir cet univers.
En 2015, une rencontre avec Gilles Carpentier a véritablement changé mon parcours sportif. Il a décelé chez moi des aptitudes pour l’apnée dynamique et m’a proposé de contribuer à la création de la section apnée du club afin de me permettre de progresser et de performer.
J’ai ensuite passé différents niveaux, participé à plusieurs stages et progressivement découvert la compétition. Je me suis lancé dans les compétitions nationales en 2021, avec notamment une médaille de bronze aux championnats de France. Cette première performance m’a donné envie d’aller encore plus loin et de me confronter aux meilleurs au niveau international.
Depuis, l’aventure m’a conduit jusqu’aux championnats du monde, avec aujourd’hui 7 titres de champion du monde et 4 records du monde dans ma catégorie.

Qu’est-ce qui vous motive au quotidien et quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’athlète évoluant au niveau international ?

Je suis avant tout un compétiteur. Ce qui me motive, c’est de continuer à progresser, à repousser mes limites et, lorsque cela est possible, à battre les records dans ma catégorie, Master 3, chez les plus de 70 ans.
À mon âge, chaque entraînement représente un nouveau défi. Il faut être exigeant avec soi-même, rester régulier et accepter de toujours se remettre en question.
Ma plus grande satisfaction, c’est justement de constater que l’on peut continuer à se dépasser, quel que soit son âge. Et puis il y a une dimension qui me tient particulièrement à cœur : avoir la chance de représenter fièrement la France lors des compétitions internationales.
Aujourd’hui, avec 7 titres de champion du monde et 4 records du monde, je mesure le chemin parcouru, mais je conserve surtout l’envie de continuer à avancer.

Quels sont les résultats ou les moments de votre carrière dont vous êtes le plus fier, en France comme à l’international ?

Le moment le plus marquant de ma carrière reste incontestablement l’année 2026.
Lors des championnats du monde organisés au Honduras, j’ai remporté trois médailles d’or : sur 72 mètres avec les bras, 75 mètres en monopalme et 79 mètres en bipalme.
Cette dernière performance a une saveur particulière puisqu’elle m’a permis de décrocher un nouveau record du monde dans ma catégorie.
Au-delà des médailles et des records, ce qui me rend particulièrement fier, c’est de voir que le travail et la persévérance permettent encore, à 72 ans, de réaliser de telles performances au plus haut niveau international.

Derrière les performances, quelles sont les principales difficultés que vous devez surmonter pour évoluer au plus haut niveau dans une discipline sportive peu médiatisée ?

La principale difficulté est certainement financière.
L’apnée de haut niveau nécessite beaucoup de déplacements, en France comme à l’étranger, pour participer aux stages, accéder à des infrastructures adaptées et prendre part aux compétitions internationales. Or, les infrastructures nécessaires à une préparation de haut niveau ne sont malheureusement pas suffisamment présentes en Normandie.
Cela représente donc un investissement personnel important, en temps comme financièrement.
Il y a aussi une autre difficulté : la visibilité de notre discipline. L’apnée reste relativement peu médiatisée et les performances réalisées sont parfois méconnues du grand public. Pourtant, derrière un record du monde ou un titre de champion du monde, il y a énormément de travail, de préparation et de sacrifices.
J’aimerais donc que les performances des athlètes dans des disciplines moins médiatisées soient davantage reconnues et accompagnées. Cela permettrait notamment de donner davantage de moyens aux sportifs pour continuer à performer et à représenter leur territoire et leur pays au plus haut niveau.

Quel message aimeriez-vous transmettre à un jeune qui rêve, lui aussi, d’aller loin dans le sport ?

Mon message serait simple : ne jamais lâcher.
Il faut croire en soi, accepter de travailler et surtout être prêt à s’investir pleinement à l’entraînement. Les résultats ne viennent pas toujours immédiatement. Il y a forcément des moments de doute, des difficultés et parfois des échecs.
Il faut alors garder le cap, travailler, apprendre de ses erreurs et conserver le mental nécessaire pour aller chercher ses objectifs.
Et j’ajouterais une chose : ne jamais penser qu’il est trop tard pour commencer ou pour se dépasser. Mon parcours en est la preuve. J’ai découvert la plongée à 50 ans et, à 72 ans, je continue à participer aux championnats du monde et à battre des records.
Si mon expérience peut transmettre une idée aux jeunes, c’est celle-ci : avec de la passion, du travail et de la persévérance, on peut aller beaucoup plus loin qu’on ne l’imagine.

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