Interview : 5 questions à …
Vous avez consacré une grande partie de votre parcours au patinage et au développement du patinage synchronisé à Rouen. Qu’est-ce qui vous a donné envie, à l’origine, de vous investir dans cette discipline ?
En 1990, alors maman de 2 enfants, et travaillant dans un autre domaine que le sport, je décide d’écrire un nouveau projet professionnel et me dirige vers une reconversion totale en reprenant les études et en devenant entraîneur de danse sur glace.
Ancienne sportive de haut niveau en couple et faisant partie de l’équipe de France dans les années 79, il est tout naturellement que je tente de mettre a profit toutes ces années d’expériences sportives en tant qu’athlète, en passant mes diplômes d’état.
Un nouveau poste d’entraîneur s’ouvrant à Rouen et suite à la naissance de mon 3ème enfant, je postule pour être sur ce poste dans la section danse sur glace au Rouen Olympic Club.
Je forme plusieurs couples dont celui de Nathalie Péchalat qui restera à Rouen 5 ans avant de partir à Lyon au centre d’entraînement national .
En 1998 notre Président Didier Lodieu me demande de réfléchir à un projet sportif synchro au ROC. J’adhère immédiatement à cette nouvelle discipline continuant d’entraîner la danse en même temps.
Puis est venue l’ambition d’une véritable école de formation synchro, c’est ainsi que naissent en 1999 les teams Jeanne d’Arc que vous connaissez aujourd’hui.
Le patinage synchronisé reste encore méconnu du grand public. Comment expliqueriez-vous cette discipline et ce qui la rend si particulière par rapport aux autres disciplines du patinage ?
Le patinage synchronisé, c’est avant tout la force du collectif sur la glace.
Contrairement aux autres disciplines du patinage, où la performance repose essentiellement sur un patineur ou un couple, ici, c’est toute une équipe qui doit évoluer comme si elle ne formait qu’une seule personne.
Les patineurs réalisent ensemble des éléments techniques, des déplacements, des changements de formation, à grande vitesse et parfois à quelques centimètres les uns des autres. Cela demande énormément de précision, de maîtrise technique, de confiance et surtout une parfaite connexion entre tous les membres de l’équipe.
On ne patine jamais uniquement pour soi, on patine pour et avec les autres.
Chaque patineur est indispensable à la réussite du groupe.
Et oui, le patinage synchronisé est aussi extrêmement spectaculaire. Il associe la vitesse, la technique, la musique et l’émotion. Lorsqu’une équipe est parfaitement synchronisée, le public ne voit plus une succession de patineurs ; il voit un ensemble qui se déplace, respire, et vit la musique comme un seul corps.
Dans une équipe de patinage synchronisé, la performance individuelle doit entièrement se mettre au service du collectif. Quelles sont selon vous, les valeurs que cette discipline permet de transmettre aux jeunes pratiquants ?
Le Patinage Artistique Synchronisé (PAS) transmet, à mon sens, des valeurs extrêmement fortes aux jeunes.
La première est évidemment l’esprit d’équipe. Chaque patineur doit acquérir une technique individuelle solide mais elle n’a de sens que lorsqu’elle se met au service du collectif.
Cela apprend très jeune l’écoute, le respect, la confiance et la solidarité.
Dans une équipe chacun a sa place et chacun compte. On apprend à accepter les différences, à s’entraider, à encourager celui qui rencontre des difficultés mais aussi à partager les réussites.
Cette discipline développe également la rigueur, la persévérance et le sens des responsabilités.
Lorsqu’on patine à plusieurs, on sait que les autres comptent sur nous. Être présent, travailler, progresser, recommencer jusqu’à obtenir cette parfaite synchronisation devient une responsabilité vis a vis de toute l’équipe.
Et il y a une valeur qui me semble particulièrement importante pour les jeunes : apprendre à réussir ensemble. Dans une société qui valorise beaucoup la réussite individuelle, le PAS leur montre que l’on peut aussi grandir, se dépasser et vivre de très grandes émotions grâce aux autres.
Finalement, au-delà de la formation de patineurs, je pense que notre discipline participe aussi, à sa manière, à la formation des jeunes adultes qu’ils deviendront.
Le Synchro 9, avec des équipes composées de neuf patineurs, fera son entrée aux Jeux olympiques d’hiver des Alpes 2030. Après toutes ces années consacrées au développement de la discipline, que représente pour vous cette reconnaissance olympique et quelles perspectives ouvre-t-elle pour le patinage synchronisé en France et en Normandie ?
C’est forcément une immense émotion !
Quand on a consacré autant d’années à faire connaître, développer et défendre le PAS, voir notre discipline s’inscrire dans une perspective olympique représente une reconnaissance extraordinaire du travail accompli par des générations de patineurs, d’entraîneurs, de dirigeants, d’officiels et de bénévoles.
Mais pour moi, 2030 ne doit surtout pas être considéré comme un aboutissement. C’est le début d’une nouvelle histoire.
Cette perspective olympique peut donner au PAS une visibilité qu’il n’a jamais connue en France. Elle doit nous permettre d’attirer de nouveaux jeunes, de nouveaux clubs, de susciter des vocations, d’accompagner davantage les clubs et les entraîneurs et de construire progressivement une véritable filière de haut niveau.
Et nous avons une chance extraordinaire les Jeux sont en France.
Cela nous donne une responsabilité particulière. Nous devons profiter des 4 prochaines années pour faire découvrir notre discipline au plus grand nombre et donner aux jeunes patineurs l’envie de rêver, eux aussi, un jour, des Jeux Olympiques. C’est d’ailleurs comme cà que j’ai détecté Nathalie Péchalat, il y a 32 ans sur la patinoire de Rouen. Au-delà de ses compétences techniques et athlétiques, elle avait cette petite lumière qui pétillait dans ses yeux. Quand on lui demandait comment elle se voyait quand elle serait plus grande, elle répondait « Je veux participer aux Jeux Olympiques »… et elle y est arrivée !
En Normandie, cette perspective a forcément une résonance particulière pour moi.
Notre Région possède une véritable histoire et des compétences dans le PAS. Et j’ai une pensée émue pour Madame Édith Ballester qui a apporté du Canada et porté cette discipline en France , il y a plus de 35 ans. Elle aussi en avait rêvé, elle y est arrivée. A travers nous tous, il y a un peu de la passion d’Édith, pour le patinage artistique synchronisé.
Nous devons nous appuyer sur cette dynamique pour développer encore la pratique, créer des passerelles entre les clubs, détecter et accompagner les jeunes talents et leur montrer qu’un parcours vers le plus haut niveau est possible.
Et je pense au-delà de 2030.
Finalement, cette reconnaissance change quelque-chose d’essentiel : désormais, lorsqu’un enfant entre dans une équipe de PAS, nous pouvons lui dire que cette discipline peut l’emmener très loin. Et cela ouvre un formidable champ des possibles.
Si vous deviez transmettre un seul message à une jeune fille ou un jeune garçon qui hésite aujourd’hui à pousser la porte d’une patinoire pour découvrir le patinage synchronisé, quel serait-il ?
Je lui dirais « OSE POUSSER LA PORTE DE LA PATINOIRE ET VIENS ESSAYER »
Tu n’as pas besoin d’être un grand patineur, ni de savoir jusqu’où cette aventure te mènera.
Tu vas apprendre à glisser, à progresser, à tomber, à te relever mais surtout tu vas découvrir quelque-chose de très précieux : le plaisir de faire partie d’une équipe.
Le Patinage Artistique Synchronisé, ce sont bien sur des heures de travail, d’entraînements mais ce sont surtout des amitiés, des éclats de rire, des émotions partagées, des compétitions, des voyages et des souvenirs qui restent souvent toute une vie.
Et aujourd’hui avec les nouvelles perspectives qui s’ouvrent pour notre discipline, les jeunes qui commencent peuvent aussi avoir le droit de rêver très grand.
Alors je lui dirais : « Viens essayer. Entre sur la glace, rejoins une équipe…et écris avec elle ta propre histoire ».
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